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CCC Workshop

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>Rapprochement entre l'École supérieure des beaux-arts
et la Haute école d'arts appliqués de Genève
Rapport du groupe de travail
>Begins with English Summary by Aurelien

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>Final text - English Summary by Aurelien

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> Rapprochement entre l'École supérieure des beaux-arts
et la Haute école d'arts appliqués de Genève
Rapport du groupe de travail
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> A PROPOS D'UN RAPPROCHEMENT ENTRE L'ESBA ET LA HEAA
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>Dialog between Daniel Buren and Jean Nouvel (excerpts)
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>Session 3, Aurelien

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>Session 1, All members


Beaux-arts and arts appliqués

English Summary:

This text is the result from a group of teachers/directors of the two schools "beaux-arts" and "art décoratifs", in the context of the new HES system. They are studying the possibility that both schools could get closer, in order to have resources in common and to "rationalize" the schools' organisations and formations. Some specific fields coud eventually be combined.

The history of the artistic schools in Geneva, from the origin in 1748 till now, shows the permanent tensions that existed between the two tendencies, that have been separated in 1977 (completely in 1992) at a time when the pedagogical priority was the "free creativity" (that remains the ideology in my opinion).This current situation of two separated schools is a unique case in Switzerland, as is unique the fact that the beaux-art field has much more students.

The difference between the two institutions underlines the economical orientations of the arts décoratifs (or arts appliqués), instead of the beaux-arts that leads to a "critical distance" by using its "freedom of expression" and its autonomy from utilitarism, in the way of a "pure creation". The benefits from it is much more cultural than economical. Concerning the students, the difference between them is much more a "difference of attitudes" (to creation and culture). If both schools have their own traditions and particularity, their borders are described as "permeable". A common structure for international contacts, exhibitions, editions, informations and communication would strengthen the artistic position in Geneva.

Then I don't really get their idea: they're talking on one hand about "rationalization" and here plead for keeping a common new building in an urban space and for more money and employees: it sounds like a fairy tale. Like if the idea of HES system was to lose more money by combining different institutions. They also say that both schools should get closer by the will of both teachers and students (What is probably not a concern from those of the HES).


Rapprochement entre l'École supérieure des beaux-arts
et la Haute école d'arts appliqués de Genève

Rapport du groupe de travail


PRÉAMBULE

À l'initiative de la Direction générale HES de Genève a été réuni un groupe de travail constitué des directeurs, directeurs adjoints et ad interim de l'École supérieure des beaux-arts et de la Haute école d'arts appliqués, de représentants des corps enseignants des deux institutions et d'un observateur extérieur. Présidé par M. Jacques Thiébaut, directeur général HES, ce groupe, qui s'est réuni à cinq reprises - le 25 avril, le 17 mai, le 12 juin, le 1er juillet et le 11 juillet 2002 -, avait pour objectif :

-d'examiner l'opportunité d'un rapprochement entre les deux écoles, qui permettrait d'apporter aux exigences de la Confédération par rapport aux HES une réponse intégrant l'ensemble des formations artistiques, - de définir ce que pourraient être les modalités de ce rapprochement en tenant compte de la spécificité des deux institutions et en respectant leur identité.

Au cours de la première rencontre, M. Jacques Thiébaut a rappelé le contexte dans lequel cette étude était proposée. La HEAA fait partie de la HES-SO, au même titre que les écoles dont les formations étaient, en 1997, régies par la loi fédérale (écoles d'ingénieurs, hautes écoles de gestion). L'ESBA est une HES «cantonale», rattachée au groupe des écoles genevoises de la HES-SO du fait qu'elle était, lors de la création de la HES-SO, soumise à la législation cantonale.
Au moment de l'homologation provisoire des HES, en 1998-1999, le Conseil fédéral a assorti ses décisions de conditions contraignantes portant essentiellement sur des regroupements de filières, des regroupements d'écoles, des regroupements de formation dans une double perspective :
- la qualité des formations et des prestations externes des écoles exige que les écoles atteignent des masses critiques en termes d'étudiants et d'enseignants ;
- l'économie du fonctionnement des écoles, qui sont subventionnées à concurrence d'un tiers de leurs charges par 1a Confédération, exige des mesures de rationalisation de l'organisation des écoles et des formations.

La stratégie de développement formulée par la HES-SO pour la réalisation des missions confiées aux Hautes écoles spécialisées vise une organisation de l'enseignement par domaines de formation au détriment de celle par filières actuellement en vigueur. Selon cette nouvelle conception, les formations bénéficiant d'une proximité suffisante pourront constituer des troncs communs, et s'organiser dans la suite des études de façon modulaire et différenciée de sorte à déboucher sur des diplômes spécifiques. Différents groupes de travail ont été constitués par la HES-SO pour examiner les modalités de cette restructuration, l'un d'entre eux ayant pour mission d'étudier l'intégration des filières beaux-arts et arts appliqués. L'objectif de ce groupe HES-SO est de préparer à l'intention du Comité stratégique de la HES-SO une prise de position reposant sur d'autres critères que ceux fixés par la Confédération et intégrant en particulier, si cela paraît judicieux, les formations HES des beaux-arts, ignorées jusqu'à présent par la Confédération.

En ce qui concerne Genève, l’option adoptée par le Département de l’instruction publique privilégie un rapprochement entre 1’HEAA et 1'ESBA, afin d'utiliser toutes les possibilités de mise en commun de ressources entre les deux écoles, dans les domaines de 1’administration et de l'enseignement .

1 -HISTORIQUE DE L’INSTITUTION

L'enseignement des beaux-arts à Genève remonte au XVIIIème siècle. La création, en 1748, de I'« École publique de dessin », ancêtre des institutions actuelles-, se fait sous la pression des industriels préoccupés par la . concurrence que représentait la ville de Lyon. La Société des arts et de l'industrie - qui se constitue en 1776 et dont les membres sont pour la plupart ceux qui avaient soutenu la fondation d'une École de dessin -, tout en maintenant son but premier qui est d'encourager « les arts vraiment utiles », notamment ceux de la manufacture, du commerce et de l'agriculture, oriente, à partir de 1786, date à laquelle la direction de l'École lui est confiée, l'enseignement du dessin vers la recherche, l'acquisition d'un répertoire de formes –au travers de modèles, afin que cet enrichissement esthétique puisse contribuer à la formation du goût et bénéficier à l'industrie de luxe établie à Genève. L'activîté de la Société des arts et de l'industrie dans une Genève. qui commence à s'ouvrir à l'Europe des Lumières sera déterminante dans la création des musées -qui semblent, à l'époque, l'équipement nécessaire dont doit pouvoir bénéficier l'enseignement des arts (qui s'est enrichi,en 1798, sous l'occupation française, d'une nouvelle classe élémentaire de dessin et de classes de modelage et d'architecture). Le Musée Rath, où seront rassemblées, pour répondre à sa mission pédagogique première, les collections d'œuvres et de modèles, est inauguré en 1826 ; il abritera l'École et sera géré par la Société jusqu'en 1851, année qui marque l'entrée en fonction du peintre Barthélemy Menn en tant que directeur de la classe de figure et le début du transfert de plusieurs enseignements du Musée à l'École du Grütli. En 1852 s'ouvre 1'« École de dessin des demoiselles », sise jusqu'en 1876 au Conservatoire de botanique du Parc des Bastions. L'ouverture, en 1869, d'une nouvelle « École spéciale d'art appliqué à l'industrie » confirmera lusage du terme d'« École des beaux-arts » pour qualifier l'ancienne École de dessin. La crise industrielle qui se dessine alors et qui se poursuivra jusqu'en 1879 suscite le besoin de défendre les différents enseignements artistiques qui sont.prodigués à Genève, d'en définir les spécificités et d'en prouver les résultats. Placés sous la dénomination générale d'« Écoles d'art », ces 'enseignements sont subdivisés en « École des beaux-arts », « École des demoiselles » et « École spéciale d'art appliqué ». En 1876, dans le but de remédier à la situation de crise, est créée I'« École des arts industriels » qui intègre 1'École spéciale d'art appliqué. Elle s'installe en 1878 dans le bâtiment du boulevard James-Fazy, spécialement construit pour la recevoir. C'est en 1897 que la dénomination « École des beaux-arts » est adoptée officiellement pour l'ensemble des enseignements non rattachés à l'École des arts industriels. Cette dernière s'installera dans le nouveau bâtiment construit à cet effet au boulevard Helvétique en 1903.

En 1931, la gestion de l'École des beaux-arts est transférée de la Ville de Genève au Canton et, en 1933 - autre époque de crise -, l'École des beaux-arts et I’École des arts industriels sont transférées au sein de l'« École des arts et métiers »' qui avait été créée en 1898 déjà. Il faudra attendre 1942 pour que ces. deux institutions sortent de cette dépendance pour former à nouveau le groupe spécifique des Écoles- d'art. C'est également l'année où se consomme la séparation de l'enseignement d'architecture qui se définit -comme une institution propre et sera rattaché à l'Université en 1946, et qu'est fondée l'Ecole normale de dessin. En 1956, l'École des arts industriels devient l'« École des arts décoratifs » ; elle s'adjoint, en 1974, un niveau supérieur : l'« École supérieure d'arts appliqués », qui trouvera sa reconnaissance fédérale en 1983. 1977 voit la transformation de l'École des beaux-arts en « École supérieure d'art visuel», et des liens pédagogiques sont instaurés avec l'Université. Enfin, en 1997, l'École supérieure d'arts appliqués. s'inscrit dans la nouvelle structure de la « Haute école spécialisée de Suisse occidentale » (HES-SO), tandis qu'en 1999, lÉcole supérieure d'art visuel est reconnue HES cantonale.

Malgré les modifications successives apportées à l'institution durant le courant du XIX, siècle et le début du XX siècle, l'enseignement prodigué par les sections des Écoles d'art est resté, jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale, de type académique, soit fondé sur l'apprentissage des techniques et des métiers et le développement du sens artistique, acquisitions sanctionnées par des examens et un système d'évaluation par des notes. Ce n'est qu'après l'arrivée de Michel Rappo au poste de directeur des Écoles d'art, en 1971, que l'enseignement des beaux-arts va se réformer radicalement, dans sa pédagogie (création libre et non plus acquisition obligatoire de techniques), ses structures et son système d'évaluation, toutes modifications encore en vigueur aujourd'hui. Au niveau de la structure de l'institution, Michel Rappo opère une première distinction en 1972 en faisant nommer Roger Fallet, alors doyen de 1'École des arts décoratifs, directeur adjoint avec délégation du pouvoir sur son école. En 1986, Roger Fallet est nommé directeur de l'École des arts décoratifs et de l'École supérieure d'arts appliqués. La séparation des deux types d'enseignemenfést alors consommée, bien que Roger Fallet ait assuré la direction administrative des deux écoles - des beaux-arts et des arts appliqués -jusqu'en 1992, date du départ à là retraite de Michel Rappo. Son successeur à la direction de l'École supérieure d'art visuel, Bernard Zumthor, en fonction usqu'au début de l'année 2002, procède alors à la division dé l'administration des deux établissements, chacun étant responsable de sa propre gestion.

Enfin, en 2001, l'École supérieure d'art visuel change sa dénomination en « École supérieure des beaux-arts », le terme « visuel » lui semblant trop attaché au monde de la communication.

- LE CONTEXTE SOCIO-CULTUREL, ET ÉCONOMIQUE

L'évolution qu'a connue l'institution s'inscrit dans un contexte social, économique, culturel et artistique bien précis. Le contexte d'une naissance inscrite dans la nécessité économique davantage qu'artistique au XVIII siècle a été évoqué plus haut: le premier directeur de l'École de dessin, Jean-Pierre Soubeyran, avait dû renoncer, faute de moyens financiers, à développer comme il en avait le projet le dessin de figure artistique ; le XIX siècle, au lendemain de la Restauration, allait voir se multiplier les prises de position et les initiatives en faveur des beaux-arts, déjà considérés alors comme l'un des titres de gloire dont une cité – et notamment Genève - pouvait s'enorgueillir. La révolution fazyste, qui valut à la Société des arts et de l'industrie d'être exclue de la gestion des institutions artistiques (École, Musée Rath) provoqua une certaine léthargie dans le développement de ces dernières non seulement en raison des difficultés économiques que connaissait le nouveau gouvernement, mais aussi d'une défection, par dépit, de ceux qui avaient toujours soutenu l'encouragement aux arts. Elle eut, cependant, comme principale conséquence, de placer l'État face à ses responsabilités à l'égard des arts. À la fin du XX siècle, c'est une crise dans le monde de l'industrie qui pousse à la revalorisation des arts appliqués : alors que, en 1828, l'École comptait 121 élèves et qu’on ambitionne de pouvoir prochainement en accueillir 200, ia crise qui s'amorce dès 1869 provoque une diminution sensible de l'effectif.
Au XX siècle, dans l'entre-deux-guerres, alors que s'annonce l'une des crises économiques politiques les plus graves qu'ait vécues Genève en ce siècle, de même que dans l'immédiat après-guerre, l"École connaît à nouveau une défaveur. L'enseignement, très cloisonné, ne s'ouvre pas vers les partenaires extérieurs qui pourraient contribuer à son enrichissement, et porte l'accent sur le métier plutôt que sur la création. Les années 1950 marquent pourtant, en Suisse, une ouverture à l'art étranger qui touche également fortement la Suisse romande et le milieu intellectuel et artistique genevois, qui obtiendra du politique la séparation des Écoles d'art de celle des arts et métiers. Mais seules sauront bénéficier de cette ouverture les écoles de Suisse alémanique vers lesquelles s'orientent de nombreux étudiants romands. La dynamique qui faisait, au XIX siècle, que de jeunes artistes alémaniques venaient suivre à
Genève l'enseignement d'un Barthélemy Menn s'inverse alors. Ce n’est que dans la seconde moitié des années 1960 que les étudiants de l'Ecole des beaux-arts, jusqu'alors dociles, sous l'influence de la nouvelle dynamique de création qui se manifeste au niveau international au travers des avant-gardes conceptuelles, prendront des initiatives, la plupart du temps extra- scolaires, revendiquant la primauté de la création libre sur l'acquisition des savoir-faire. L'art se dissocie nettement de la production d'objets concrets, rendant caduque toute finalité d'études qui serait l'acquisition de métier ; cette nouvelle conception, associée à l'exigence de participation sécrétée par la révolution de mai 68, allait provoquer la nécessaire réforme de l'École des beaux-arts qui se distinguait alors comme une institution pionnière. Son succès se marque dans l'augmentation spectaculaire de ses effectifs. Les quelques 70 étudiants inscrits à l'École en 1971-1972 deviennent quelque 280 dans les années 1980-1981. Cette expansion va de pair avec l'élargissement et la multiplication des systèmes de diffusion de l'art. (création d'espaces d'exposition publics ou privés, vitalité d'un marché de l'art ouvert à la jeunesse), croissance à laquelle l"École répond en ouvrant ses étudiants à la nécessité d'introduire dans leur rapport personnel à la création la médiatisation et la gestion de leur carrière.
Durant la décennie des années 1980, les deux établissements ont vécu harmonieusement la qualification spécifique de leurs enseignements. En accédant au niveau d'écoles supérieures, les deux institutions ont élevé leurs exigences d'admission, tout en préservant des passerelles autorisant les élèves inscrits dans des niveaux inférieurs à accéder au niveau supérieur : les élèves de l'École des arts décoratifs, de niveau post-obligatoire, avaient accès, après l'obtention de leur certificat de capacité fédérale ou de leur premier diplôme, au concours d'entrée à l'École supérieure d'art visuel. Qu'elles soient pleinement utilisées ou qu'elles le soient peu ou insuffisamment, ces passerelles - souvent d'une application difficile en regard des « attitudes » créatives suscitées par les pédagogies propres à ces niveaux - n'en sont pas moins le signe d'une préoccupation sociale de l'enseignement : donner à chaque étudiant le maximum de chances de développement. Ces passerelles sont toujours en place aujourd'hui et les étudiants en possession d'un certificat de capacité fédérale et d'une maturité professionnelle artistique peuvent se présenter comme candidats.
La fin des années 1980 voit s'instaurer une grave crise économique internationale. La récession qui paralyse l'économie et les grands projets, à Genève comme ailleurs, pendant presque toute la décennie 1990, constitue le terrain sur lequel se développera une économie néo-libérale propice à la mondialisation. Bien que restée en dehors de la nouvelle Europe par la volonté populaire, la Suisse s'efforce de ne pas en être totalement exclue, ni de demeurer « en marge »,- de crainte de ne pouvoir survivre économiquement. En conséquence du nouvel état d'esprit qui s'instaure, une division d'ordre intellectuel, idéologique et psychologique se creuse entre l'enseignement des arts appliqués - qui peuvent s'adapter à de nouvelles orientations économiques - et celui des beaux-arts - dont la finalité économique ne saurait être ni immédiate ni garantie. Au progrès économique à la croissance rapide, voire accélérée, répond la nécessité de l'existence du progrès à moyen terme que peut faire espérer à la société la culture des arts entendus comme des valeurs indirectes dont la fonction première et essentielle est critique. La mondialisation économique, toutefois, ne peut s'opérer sans le support d'une communication aujourd'hui planétaire fondée sur l'avancée des technologies. Or, à l'instar de ce qui s'est produit dans les années 1960 et au début des années 1970, ce sont les artistes eux-mêmes qui s'emparent dans leur création des signes manifestes du changement de société, des nouvelles technologies des images mouvantes et virtuelles, des objets de la consommation. Cette appropriation s'opère cependant sans susciter de perte dans l'efficacité critique de leurs travaux : si le langage est le même, le sens est obligatoirement différent, la recherche artistique n'ayant ni sa finalité ni son identité dans son inscription dans le monde économique.

Ainsi, dès son instauration, l'enseignement des arts a-t-il été lié à un contexte économique et politique. Son évolution est marquée par la coexistence d'orientations divergentes (application à l'industrie/création libre) dont les priorités alternent et qui -tantôt s'équilibrent, tantôt s'opposent. Ce que l'on nomme aujourd'hui la « culture » - terme dont l'usage dans cette acception ne remonte quau début du XX siècle et qui a connu depuis une application élargie - ne peut être défini que dans la dialectique qu'elle entretient avec la politique et l'économie.

Depuis le XIX siècle, les écoles d'art dépendent des instances politiques. Malgré la fluctuation idéologique des gouvernements qui se sont succédé, elles ont été soumises à. Des décisions politiques prises dans des contextes économiques donnés. Or, par le passé comme auJourd'hui les instances politiques ont encouragé les arts dans le souci de préserver pour la société les valeurs indirectes dont l'histoire montre qu'elles l'ont fait évoluer. Ces valeurs, qui naissent de l'indépendance d'esprit et de la liberté d'expression, ne peuvent s'affirmer que dans une distance critique. Aussi n'est-il pas surprenant que les lieux de culture, et tout particulièrement les écoles, soient par définition ceux où s'expriment des tensions, au demeurant fécondes.

III - ARTS APPLIQUÉS ET BEAUX-ARTS: DES IDENTITÉS DISTINCTES ?

Si l'histoire montre que les deux enseignements ont été sinon toujours confondus, du moins considérés alternativement comme prioritaires, l'expérience récente - celle dont les enseignants actuels peuvent témoigner - montre que l'attitude qui préside à la définition d'une pédagogie et à sa mise en œuvre est différente d'une institution à l'autre. L'abandon de l'exigence de l'acquisition des techniques en termes de métiers a orienté les beaux-arts vers une pédagogie propre au développement de la créativité personnelle de l'étudiant dans une liberté de pensée et d'action, la démarche artistique prévalant sur le produit - qui n'est plus jugé sur des critères de perfection technique. En revanche, le cursus d'un étudiant dans le domaine des arts appliqués est plus structuré en raison d'exigences normatives conditionnelles à l'obtention d'un diplôme. Même si les étudiants sont évalués en priorité sur leurs démarches, celles-ci doivent être, dans leur expression conceptuelle et matérielle, en cohérence avec des qualités techniques de réalisation. Selon qu'il participe de l'une ou l'autre école, l'étudiant a une approche différente de ses études, et cette différence d'attitude est manifeste lorsque, dans son parcours, il passe d'un établissement à l'autre.

La différence d'attitude dans les pédagogies mises en œuvre dans les établissements respectifs trouve certes une partie de son explication dans une différence de finalité des études. Dans le cas d'études en arts appliqués - design - l'étudiant est sensible au fait que ces dernières, du moins dans les filières d'architecture d'intérieur et de communication visuelle, l'orientent vers une production qui doit trouver sa place dans l'économie, et qu'il sera appelé à travailler la plupart du temps - à côté des recherches qu'il pourra mener pour son développement personnel - pour une clientèle. Notons que l'École des arts décoratifs a, depuis longtemps, inscrit dans ses programmes la possibilité de répondre à des commandes de l'extérieur. Dans le cas des beaux-arts, la finalité économique et commerciale ne saurait être prioritaire et, s'il y a réponse à des mandats extérieurs, c'est en grande majorité dans des contextes de création « pure», expositions, concours, commandes d'art public, etc.
Ce contexte-là est aussi considéré comme prioritaire dans certaines des filières de la HEAA (céramique, -bijou), qui ont. fa:vorisé le développement de l'attitude dans la création de l'artisanat, soit une création libre et indépendante du contexte industriel, et ceci depuis l'institution des ateliers principaux de l'École supérieure d'arts appliqués.

Sans enquête statistique, il est présomptueux de déterminer ce qui amène un étudiant à choisir l'une plutôt que l'autre des -écoles supérieures, les exigences de formation préalable à l'admission étant d'un niveau sensiblement équivalent. En effet, dans les deux écoles, le système d'admission est structuré sous la forme d'un concours d'entrée. qui vise à tester les dispositions créatrices et les connaissances théoriques du candidat, qui sera également jugé au cours d'un entretien sur ses motivations et son attitude. On peut avancer l'hypothèse qu'entre en compte une perception différente- des deux établissements qui s'affirment autrement dans la sensibilité de la « culture » au sens large du terme - autrement dit, qui se situent hiérarchiquement dans le champ socioculturel actuel. Pourtant, on peut également remarquer que, du fait de l'emprise d'une culture omniprésente dans la communication et l'économie, l'environnement culturel des étudiants à leur entrée dans les deux écoles présente une certaine uniformité.

Le choix de l'étudiant et son parcours d'études vont donc susciter des développements individuels en fonction des personnalités, mais aussi, nous l'avons relevé, des attitudes pédagogiques. Il s'agit bien là d'attitudes, et non de niveau d'exigence pédagogique ou de formation des enseignants. Praticiens et universitaires sont représentés dans les corps enseignants des deux écoles et peuvent être chargés d'enseignement dans les deux établissements.

La création libre, en effet n'est pas soumise aux mêmes contraintes que la formation professionnelle. Les professions auxquelles mènent des études en arts appliqués sont homologuées dans la société, alors que la profession d'« artiste » n'a toujours pas trouvé de définition professionnelle. (C'est d'ailleurs bien dans le but de donner aux artistes une identité sociale définie que s'était créée, au XX siècle, la Société suisse des peintres, sculpteurs -et architectes !) Cette différence fondamentale est à l'origine des tensions qui s'expriment, depuis la Seconde Guerre mondiale, entre beaux-arts et arts appliqués, formulées, à cette époque, à la fois dans la revendication de certains arts appliqués à être considérés comme des créations libres et, inversement dans le refus des beaux-arts d'être confondus avec les arts appliqués. Aujourd'hui, dans les deux écoles, on s'interroge sur la relation des pratiques artistiques avec la société, avec le monde. Dans le champ de l'art appliqué, tel qu'il est enseigné à la HEAA, sont mises en priorité des réflexions sur le sens des objets, sur les comportements individuels et collectifs. Cependant, pour les beaux-arts, la recherche ne saurait, en aucune manière, être entendue dans les termes qui définissent, à la HES-SO, la « recherche en application et développement ». La recherche est permanente, elle est -à l'instar de ce qui se passe en arts appliqués, d'ailleurs - une expérimentation continue- elle ne s'explicite pas mais se définit par ses formes, son application est nécessairement indirecte et la notion de développement est entendue avant tout comme un parcours personnel. La finalité sociale de la recherche, à moyen ou long terme, ne sera économique que si cette dernière trouve une existence publique et une notoriété suffisantes pour accroître le prestige de son auteur où de son lieu d'origine. Notons, cependant, qu'en matière de recherche en application et développement, les arts appliqués se situent également souvent à la frontière de la définition donnée par la HES-SO. Le bénéfice n'est que rarement en priorité économique, alors qu'il est indéniable en termes d'enjeux culturels.

Relevons enfin que, si les institutions dévolues à l'enseignement des arts sont toujours considérées, à Genève, comme une entité administrative sous la dénomination faîtière d'« Écoles d'art », la division entre beaux-arts et arts appliqués qui a été opérée par la séparation en deux établissements distincts - division qui est un cas unique en Suisse - témoigne d'une reconnaissance, accréditée par l'histoire, de la spécificité des deux pratiques et de la volonté, à un moment donné, de la sauvegarder.

Ainsi, il existe pour chacune des deux pratiques des définitions propres qui soulignent une difiérence identitaire. Celle-ci ne s'inscrit cependant pas dans une opposition drastique. De nombreux points de rencontre montrent que, s'il existe bien une frontière entre création libre et art appliqué, cette dernière est perméable.

IV ARGUMENTS POUR UN RAPPROCHEMENT

a) Options stratégiques
Les options stratégiques concernant les Hautes écoles d'art et d 'arts appliqués sont définies par le Conseil fédéral et le Comité stratégique de la HES-so. il convient toutefois de rappeler que la constitution d'un groupe de travail à la HES-SO dont la mission est d'examiner l'intégration des filières beaux-arts et arts appliqués vise une prise de position reposant sur d'autres critères que ceux fixés par la Confédération. À Genève, ces critères peuvent être définis en fonction de la nécessité de maintenir l'identité de chacune des écoles au sein d'un pôle de formations artistiques renforcé.

La spécificité des Écoles d'art genevoises, où se manifeste, dans l'histoire comme aujourd'hui, un équilibre entre les deux entités beaux-arts et arts appliqués, est unique en Suisse.

b) Problématiques artistiques et perspectives économiques Le changement socioculturel et économique qui a présidé à l'instauration de la HES-SO n'a pas encore - le fera-t-il demain ? -modifié la perception hiérarchique qui prévaut des deux types de créations artistiques. Toutefois, l'instauration d'un complément pour l'enseignement et l'animation artistiques à l'École supérieure des beaux-arts est l'indice d'une prise de conscience de la nécessité d'offrir aux artistes une possibilité' él;qrgie d'insertion sociale et économique - prise de conscience comparable à celle qui avait présidé à l'ouverture de l'École normale de dessin en 1946. Cet exemple incite à penser que le changement, s' il y a changement de statut social et professionnel, s'opérera de lintérieur, par les enseignants euxmêmes et, avant tout, par les étudiants et qu'un rapprochement n'est souhaitable et applicable que s'il respecte cette donnée identitaire fondamentale.

Aux niveaux conceptuel et formel, des identités nouvelles sont en construction. Elles témoignent de l'évolution des rapports dialectiques entre la recherche artistique et la demande sociale en matière de culture et d' esthétique.

c) Des options pédagogiques élargies
- L'intérêt des étudiants est le moteur principal de ce rapprochement. La mise en commun des compétences artistiques, théoriques et techniques des deux écoles enrichirait l'offre de formation et pourrait déboucher sur la possibilité, pour les étudiants, d'obtenir un double diplôme, en arts et en arts appliqués.
La mise en place de cours communs aux deux écoles permettrait de stimuler la transversalité entre les disciplines et d'organiser l'enseignement autour de problématiques interdisciplinaires, dans le respect des finalités respectives des deux formations. La collaboration et les échanges entre enseignants des deux écoles développeraient la mobilité du corps enseignant et renforceraient ses possibilités de perfectionnement. La synergie des compétences et des moyens déboucherait sur une offre élargie en matière de formation continue et de formations postgrades.

d) Recherche
Une réflexion commune sur les projets de recherche et application et développement, sur la recherche artistique et fondamentale ouvrirait des perspectives de développement des activités de recherche menées au sein des deux écoles et contribuerait à élargir leur audience aux niveaux national et international.

e) Acquis nationaux et internationaux
-La création d'une structure commune pour les contacts internationaux permettrait d'intensifier les échanges, pour les étudiants comme pour les enseignants, et de développer la politique d'invitation d'artistes, de designers et de théoriciens (conférences, workshops, expositions, etc.). La création d'un espace d'exposition et d'une structure éditoriale communs – à l'exemple de ce qui a été mis en place dans d'autres écoles européennes (à Paris, par exemple) - donnerait une meilleure lisibilité aux activités menées vers l'extérieur. La politique d'information et de communication interne et externe pourrait être partagée et élargie, de manière à renforcer le rayonnement national et international des deux écoles.

La nouvelle structure, respectant l'identité des deux écoles, manifesterait et soulignerait la spécificité intéressante de Genève : la position équilibrée des deux entités beaux-arts/arts appliqués.

MISE EN APPLICATION D'UN RAPPROCHEMENT

a) Au. niveau administratif
Le rapprochement entre les deux écoles requiert un nouvel organigramme qui devrait mettre en évidence les deux entités dans leur fonctionnement actuel, coiffées d'une structure administrative çommune qui puisse prendre en charge la gestion des finances, des ressources humaines, l'information et la communication, la gestion du parc informatique, de l'intendance et des bâtiments, ainsi que celle des services techniques et des bibliothèques et médiathèques, ces dernières devant rester spécifiques à chacune des écoles. Le niveau d'étude de l'Ecole d'arts appliqués, niveau post-obligatoire, devrait apparaître dans l'organigramme comme étant rattaché à la IIEAA, mais néanmoins séparé des entités HEAA et ESBA.

Une infi-astructure administrative mieux dotée serait, à l'évidence, plus rationnelle et plus efficace. Il serait indispensable, cependant, que des enveloppes budgétaires séparées garantissent une gestion financière autonome des trois institutions (ESBA, HEAA, EAA) et que les secrétariats propres à chaque entité soient maintenus.

b) Au niveau de l'équipement technique et technologique
L'inventaire des équipements disponibles et de leur localisation permettra d'envisager une mise en commun en vue d'organiser l'utilisation optimale des infrastructures : ateliers photo, vidéo, nouveaux media, menuiserie, maquettes, etc. Cette utilisation devrait cependant respecter les besoins des étudiants en fonction de leur domaine de formation.

c) Bâtiments
Actuellement, les différents enseignements sont répartis dans plusieurs bâtiments situés en ville. Un bâtiment commun, en milieu urbain, constituerait un objectif raisonnable.

d) Au niveau de l'offre pédagogique Une mise à plat et une analyse des enseignements offerts dans les deux écoles permettra de définir les enseignements qui restent spécifiques et ceux qui peuvent donner lieu à l'organisation d'un enseignement par modules ou cours communs et/ou transversal. Cette étude devra faire partie d'un processus de travail à long terme dans une nouvelle structure rapprochée.

Ainsi sera-t-il possible de définir précisément les passerelles qu'il conviendra d'établir entre les deux enseignements, au niveau des cours théoriques, techniques et d'atelier, de la recherche fondamentale et des projets de recherche en application et développement, des études postgrades, des conférences et colloques, des activités tournées vers l'extérieur (mandats, expositions, publications, sites internet) et, enfin, des échanges internationaux, passerelles qui figurent dans le projet d'organigramme (voir annexe).

Les conditions d'admission, la durée des études, le calendrier des semestres de cours et la hiérarchie des cours, ainsi que la hiérarchie des différents niveaux de formation, font également partie des questions qui devront être examinées en vue d'une harmonisation.

CONCLUSION

Certains éléments de l'argumentaire en faveur d'un rapprochement peuvent être énoncés, on le voit, de façon assez aisée ; en revanche, il convient de déterminer les modalités de la suite de l'étude nécessaire à une mise en application de ce rapprochement. L'élaboration de structures administratives et pédagogiques nouvelles qui autoriseraient un enseignement commun et/ou transversal, voire un nouveau profil d'enseignement, implique un travail de plus longue haleine qui tienne compte des différentes unités de cours actuellement dispensés dans les deux écoles.

Cette étude doit se faire à l'intérieur des écoles et le travail qui en découlera doit être intégré aux missions des enseignants mandatés pour l'effectuer, et pris en compte dans les feuilles de charge.

En outre, il semble légitime d'estimer que ce rapprochement, dont l'un des objectifs est d'accroître l'efficacité, demandera pour sa mise en œuvre - création d'une structure administrative commune, création d'activités communes, mise en place d'unités dévolues à la recherche, aux activités orientées vers l'extérieur, à l'information, aux échanges internationaux, etc. - la création de nouveaux postes et la mise à disposition de crédits supplémentaires.

Enfin, il ressort des travaux de ce groupe que ce rapprochement devrait s'effectuer dans la préoccupation du maintien des exigences pédagogiques de l'une et. l'autre écoles et dans la perspective d'un accroissement de l'intérêt et de la qualité des études dans les deux établissements.

Le groupe de travail .

Jean Burle de Figueiredo, doyen ESBA. Victor Durschei, directeur HEAA et EAA Pierre-Alain Giesser, directeur adjoint HEAA Jacques Magnin, doyen ESBA. Barbara Belghoul, enseignante ESBA Esther Brinianann, enseignante HEAA Marianne Matthey, enseignante EAA et représentante de l'Association des enseignants. Daniel Pinkas, enseignant ESBA et HEAA. Claude Ritschard, conservateur au Musée d'art et d'histoire

Genève, le 17 juillet 2002
Rapport rédigé par Claude Ritschard. et approuvé par le groupe de travail

 

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